La matinée était divisée en deux parties : la première, animée par Fabrice Piault, rédacteur-en-chef adjoint de Livres Hebdo, était consacrée à la présentation des machines proprement dites : Pierre-Henri Colin, de la société 4DConcept a présenté l'iLiad, conçu par iRex, une filiale de Philips, mais distribué en France par 4DConcept, puis Laurent Picard et Michel Dahan, de Bookeen, on présenté leur Cybook, un reader de fabrication française. C'est pendant la pause café que les auditeurs étaient invités à rencontrer plus individuellement tout ce bon monde pour manipuler les readers.

Le Cybook de Cytale

Le premier Cybook de Cytale

Présenter le Cybook ici, c'est une blague : il s'agit ni plus ni moins du premier e-book conçu en France, il y a de ça quelques années, échec commercial retentissant qui en a entraîné la faillite de Cytale, la société qui le commercialisait. Le Cybook, c'est un peu l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire, l'objet monstrueux qu'imaginent tout ceux qui prétendent qu'il n'abandonneront jamais le livre pour une "machine". Ergonomiquement catastrophique, avec un écran LCD rétro-éclairé aveuglant, lourd comme un parpaing, une autonomie ridicule (4 heures) et de la taille d'un grande BD. Mais c'est aussi un moyen de mesurer les progrès qui ont été fait en quelques années seulement.

Le Cybook Gen 3 de Bookeen


Le Cybook Gen 3 par Bookeen

Forts de leur expérience, jurant que l'on ne les y prendra plus, les concepteurs du premier Cybook reviennent fin 2007 avec une nouvelle société et un reader déjà plus convaincant. L'écran en papier électronique, sans rétro-éclairage, est bien plus agréable à lire, l'autonomie annoncée est de plusieurs semaines (puisque seule l'action de tourner les pages, et pas celle de les afficher, consomme la batterie) et la mémoire interne, extensible, permet de stocker plusieurs centaines de livres. Les images sur le site de l'éditeur ne permettent que difficilement d'imaginer sa taille, d'où la photo ci-dessus : un peu plus grand qu'un iPhone, à peine moins qu'un livre de poche. Il est en outre vraiment très léger (174 grammes). Ouvert, il accepte toutes sortes de format : PDF, HTML, Open eBook, Word, etc. Épuise quelques jours après sa sortie, Bookeen annonce en avoir vendu environ 1500 en deux mois, au prix de 350 €.

L'iLiad par iRex (Philips)


L'iRex par iLiad

En plus de cumuler toutes les qualités du Cybook, l'iLiad se veut plus qu'un e-book : livré avec un stylet, il permet grâce à son écran tactile d'annoter sa lecture ou de prendre des notes. On se rapproche plus du Tablet PC, même si son écran en papier électronique noir et blanc ne permet qu'une utilisation plus limitée. Equipée d'une puce Wifi, il peut se synchroniser avec un ordinateur sans qu'il soit besoin de le connecter via USB, mais ne permet pas (en tout cas pour l'instant) d'acheter des livres n'importe où comme le Kindle d'Amazon. Il est plus gros et plus lourd que le Cybook mais avec un prix de 650 €, il vise un autre public pour une utilisation plus professionnelle.

Rien ne presse

Selon une "étude" réalisée par Bookeen, la lecture sur papier électronique occasionne une fatigue oculaire qui n'est pas plus importante que celle occasionnée par la lecture sur papier classique, et on veut bien les croire. Il faut dire que la qualité de ces écrans est assez bluffante : on a vraiment l'impression de lire une page papier qui change comme par magie lorsqu'on tourne la page. Mais je ne conseillerais pas d'acheter un e-book aujourd'hui, pour une raison toute simple. Outre le prix élevé des machines et l'offre de contenu pour l'instant assez peu étoffée, les deux machines que j'ai pu tester présentent à mon sens un défaut majeur : lorsqu'on tourne une page, la page de papier électronique doit se remettre à zéro, ce qui occasionne l'apparition à chaque fois d'un écran noir (on le voit bien dans cette vidéo). Assez désagréable pour une seule page, l'effet risque d'être vraiment pénible lorsqu'il s'agit de lire un livre entier.

Attendons encore un peu, laissons aux fabricants le temps de roder leur technologie (par exemple un écran en couleurs ?), et nous aurons, en plus de machines moins coûteuses et d'une offre de livres plus large, un reader sur papier électronique vraiment agréable à utiliser.

Les éditeurs et le livre électronique


Les éditeurs et le livre électronique

Pour la seconde partie du forum, plusieurs éditeurs de presse ou de livres sont venus présenter leurs premiers pas dans le domaine du livre électronique. Philippe Jannet, rédacteur-en-chef du site internet Les Echos, a lancé la version électronique du journal Les Echos, avec une offre e-book + abonnement au journal, première expérience du genre en France. Stéphanie van Duin, de Hachette Livre Numérique, était la plus réticente, notamment en ce qui concerne les problèmes de législation et s'inquiéter d'Amazon qui avec son Kindle, casse les prix du marché en vendant des best-sellers à 9,99 $ (au lieu d'une vingtaine pour la version papier). Stéphanie Chevrier, de Flammarion, a relaté son expérience de création d'une version électronique du Testament des siècles de Henri Loevenbruck, un livre contenant comme un DVD des "bonus" : biographie, bibliographies, interviews, documentation, etc. Enfin, Charles Berdenet, de Nathan, a parlé des recherches en cours en matière de manuels scolaires électroniques et de l'intérêt du Ministère de l'Education.

L'e-book n'est pas un livre

Plusieurs points retiennent aujourd'hui les éditeurs de se lancer dans le livre électronique, et parmi ceux-là, le manque total de legislation dans ce domaine. En France, contrairement aux Etats-Unis, le principe d'exception culturelle et la loi Lang, permettent de vendre le livre avec un prix fixe et une TVA de 5.5%. Mais le livre électronique n'étant pas (à l'heure actuelle), considéré comme un livre, il n'entre pas dans le champ d'application de la loi. Pour l'instant, il n'y a apparemment aucune volonté du côté du gouvernement de se pencher sur le problème...

La peur du pirate

L'autre crainte des éditeurs, c'est celle de perdre le contrôle de la diffusion de leurs oeuvres, en clair, la peur du vilain pirate qui va mettre Le rivage des Syrtes en PDF sur e-mule. A tel point que ceux qui ont osé sauté le pas n'envisagent pas de diffuser leurs fichiers sans les protéger au moyen de DRM. Le "Digital Rights Management" ou "gestion numérique des droits" est un système qui permet de verouiller un fichier numérique (livre, film, musique, ou autre) de façon à ce qu'il ne soit lisible que sur un seul périphérique (baladeur mp3, e-book, etc.). Résultat, impossible de passer L'élégance du hérisson numérique à Tata Claudine ou de le diffuser plus largement sur les réseaux P2P. Mais les grandes majors, jusqu'à Sony il y a quelques jours, ont peu à peu réalisé que la protection des fichiers ralentissait les ventes plus qu'elle ne les protégeait du pirate (qui trouve toujours une solution), et ont abandonné peu à peu ce système. Les éditeurs commettront-ils la même erreur ?

Un monde sans libraire ?

C'est un consultant, intervenant de la première partie, qui a tenu à raconté cette "anecdote amusante" : l'histoire (véridique) d'un utilisateur du Kindle qui, s'étant trouvé à court de lecture alors qu'il attendait son avion, s'est rendu à la librairie de l'aéroport pour trouver un livre et, ayant feuilleté quelques ouvrages et fait son choix, n'a eu qu'à sortir de la boutique, connecter son Kindle à Amazon et télécharger directement le livre qu'il avait choisi, court-circuitant ainsi le libraire physique. Inutile de dire que dans l'assistance, on a plutôt ri jaune. Et les différents éditeurs de présenter un système de distribution dans lequel le libraire était curieusement absent, caduque, inutile. Alors, le livre électronique signifie-t-il la fin du métier de libraire ? Personnellement, je reste persuadé qu'on aura toujours besoin des libraires : pour ceux qui aiment le livre en tant qu'objet, pour les albums pour enfants, pour les beaux-livres. Simplement, on aura sans doute besoin de moins de libraires...

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