Vendredi 12 mai

Au bord de l’eau

Epinal est une petite ville sympathique, nichée dans les Vosges, qui s’étire le long de la Moselle. Le festival est cette année « éclaté » dans la ville, mais son cœur battant consiste en une énorme tente plantée au bord de l’eau, sous laquelle sont regroupés le vaste espace de dédicace et les stands des éditeurs, et le café littéraire. Un peu plus loin dans la ville, la bibliothèque et le cinéma se sont mis au goût du jour avec lectures, expositions et programmation exceptionnelle.

Pavés dans la mare

Première conférence : « Regards croisés : une radiographie d’Ayerdhal par Jean-Claude Dunyach ». Ayerdhal, souvenez-vous, est l’auteur de « Transparences », un polar dont j’avais dit grand bien il y a quelques temps. Jean-Claude Dunyach, est non seulement auteur de SF mais aussi complice, puisque les deux compères avaient écrit ensemble « Etoiles mourantes ». Loin d’un simple bavardage entre copains, Dunyach nous a offert un véritable décodage de ce personnage fascinant qu’est Ayerdhal. L’auteur est revenu sur son passé, son bref passage dans le marketing, ses débuts dans l’écriture, son engagement politique et la colère qui anime chacun de ses « pavés ». On aura aussi appris qu’Ayerdhal, qui rêvait avant tout de faire du cinéma, a abandonné depuis longtemps cette vocation, mais travaille pourtant à l’adaptation de « Transparences » pour le cinéma.

Le péril jeune

Dans les allées du festival, un stand insolite est apparu. Ce jeune homme, qui se présente comme « le fils d’Eric » (on en saura pas plus), présente aux passants ses œuvres soigneusement rangées dans un classeur, à des prix défiant toute concurrence : 2 centimes le dessin, 4 centimes les deux (logique !) et 6 centimes le dessin sur papier cartonné. Scotchée sur le devant de sa table, l’affichette mentionne : « cheque et carte bleue non accepter ». Preuve que le principe de zone de chalandise ne lui est pas complètement étranger, il est installé devant le stand de LA guest star du salon, Raymond E. Feist, auteur des Chroniques de Krondor et accessoirement monsieur fort peu sympathique qui a tout juste daigné dédicacer un livre pour ma moitié.

Souriez, vous êtes publié

Seconde conférence avec, de gauche à droite, Jean-Claude Dunyach à nouveau, Jacques Baudou, critique SF attitré dans le monde des livres, Johan Heliot et Denis Labbé qui débattent sur le rôle crucial de l’anthologiste. Denis Labbé, qui travaille actuellement à une anthologie, raconte la réception des manuscrits et le tri, qui commence par les textes sans rapport avec le thème ou très mal écrits. Dunyach, avec sa verve habituelle, nous décrit le processus d’accouchement d’un texte, à savoir le travail de retouche dirigé par l’anthologiste/éditeur et réalisé par l’auteur. Enfin, Johan Heliot, jeune auteur, qui a tenu à la fois les rôles d’ « accouché » et d’anthologiste, nous faire part de son double point de vue.

Samedi 13 mai

Prix cassés

Samedi matin, « les prix littéraires : tous truqués ? », sujet explosif. Véronique Brat (à gauche), à l’origine du prix Imaginales des lycéens (remis cette année à Alain Damasio) en a détaillé le fonctionnement et Gilles Francescano (tout à droite) a fait de même pour le prix Art&Fact qui récompense chaque année un illustrateur. A sa droite, Michel Rozenberg, auteur primé pour un roman de fantastique, raconte la surprise et le plaisir de recevoir un prix. Claude Ecken, enfin, en plus d’avoir animé le débat en l’absence de Jacques Baudou, en a profité pour faire la liste des différents prix existant dans le domaine de l’imaginaire. Le débat aura principalement porté sur la nécessité ou non de diviser les prix en différentes catégories (science-fiction, fantasy, fantastique), méthode chère à Rozenberg et sur l’influence que peuvent avoir les éditeurs et les auteurs sur les jurys, qu’ils soient même professionnels du livre ou bien simplement lecteurs, dans le cas des « prix du public ».

Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps

Comme il y a peu de conférences vraiment intéressantes ce samedi après-midi, j’en profite pour donner un coup de main aux gens d’ActuSF pour tenir le stand, vendre des « Guides à trimballer de la SF » et des T-Shirt « Je lis de la SF – mais j’ai une vie sexuelle normale ». En début d’après-midi, le tonnerre gronde et une pluie torrentielle s’abat soudain sur le salon, ce qui pousse les gens à rentrer s’abriter sous le chapiteau. Enfin un peu de monde dans les allées du salon ! Je passe l’après-midi à discuter et à photographier les auteurs un par un pour le blog d’ActuSF. Les deux grands évènements de cet après-midi : une conférence de ce goujat de Feist intitulé « La guerre de la faille » - qui sera prochainement retranscrite sur ActuSF – et la remise du Prix Imaginales, decerné contre toute attente à Henri Loevenbruck.

Dimanche 14 mai

Thé ou café

Pour bien commencer la journée, petit déjeuner avec Harry Harrison, auteur américain, connu notamment pour le roman Make room ! Make room ! dont est inspiré le film de Richard Fleisher, Soleil Vert (une mauvaise traduction de « soylent green » qui signifie « soja vert »). Répondant aux questions de Claude Ecken et d’une dizaine de participants, Harrisson est revenu entre deux croissants sur sa carrière d’auteur, et en particulier sur son travail avec des scientifiques, indispensable pour donner une crédibilité à un roman « hard science », mouvement dont il se réclame. Anecdote amusant, sa trilogie « Deathworld » - récemment réédité chez Bragelonne - lui a valu un tel succès en Russie que son éditeur local a demandé à l’auteur l’autorisation de faire écrire une nouvelle trilogie directement dans la langue de Pouchkine. Tout comme pour la conférence de Feist, ce petit-déjeuner devrait prochainement être retranscrit sur ActuSF (si on retrouve la cassette).

Auteurs en herbe

De retour à l’espace Cours pour une conférence sur le thème : « Ecrire son premier roman, les pièges à éviter pour le nouvel auteur », avec Denis Labbé pour médiateur. Virginia Schilli, auteur de ?, premier roman fantastique, nous raconte ses débuts et ses déboires avec une publication à compte d’auteur qui a mal tourné. Alexis Aubenque avoue avoir envoyé huit manuscrits différents à des éditeurs avant d’avoir réussi à publier son premier roman et nous donne son point de vue de libraire sur la question, puisqu’il est responsable du « plus grand rayon SF d’Europe » (en terme de volume, sans doute), celui de la FNAC des Halles. Enfin, Stéphane Marsan, patron de Bragelonne, dispense, en plus d’informations très concrète sur la manière de présenter un manuscrit à un éditeur, quelques conseils aux auteurs en herbe : persévérance, patience et humilité.

Le 12ème art

Après une matinée calme, le public emplit à nouveau le salon dès la fin de la pause déjeuner. Fini de bavarder avec les voisins de chez Khimaira, il est temps de retourner travailler. Hésitant entre le café littéraire « Atteindre un jour les étoiles ? » sur les space opera et la table ronde « Fantasy : pourquoi les éditeurs s’y mettent tous ? », je finis par manquer les deux. J’en profite pour aider à tenir le stand ActuSF et compléter la galerie photo des auteurs. Je discute un moment avec Erik L’Homme, auteur jeunesse qui prépare un roman fantastique « à mi-chemin entre X-Files et X-Men » et Jérôme Camut toujours aussi sympathique, accompagné de sa femme, avec qui il prépare un thriller intitulé « Prédation ». Dans les allées du salon, on croise des personnages étranges comme ces « œuvres » vivantes, réalisation de Thibault de Lobel Mahy, spécialiste de la peinture sur modèles humains.

Médiatisés

Dernière conférence avant le départ, animée par Denis Labbé, le débat consacré aux « médias de l’imaginaire » subit une rude concurrence puisqu’au même moment, au café littéraire, on discute des « femmes dans la fantasy », mais si vous savez, celles qui sont à moitié nues sur la couverture. Inutile de dire donc que ce passionnant échange se déroula devant une salle quasiment vide. Christophe Van de Ponseele y représentait le magazine Khimaira, Jean-Claude Vantroyen (l’équivalent belge de notre Jacques Baudou national) Le Soir, Tom Clegg la revue Galaxies et enfin Jérôme Vincent, mon nouveau redacteur-en-chef, le site ActuSF.com. Après avoir débattu mollement sur les difficultés et intérêt de ces différents médias, on a conclu sans grande surprise que chacun étaient nécessaire et tous complémentaires. Je n’ai pas osé dire que pour moi, en tant que libraire, le suivi de l’actualité d’une revue trimestrielle comme Galaxies était parfaitement inutile puisque, au moment de la parution des critiques, les livres ne sont déjà plus sur les tables.

Harry Harrison boit à votre santé !

Au final, cette petite escapade aura été fort sympathique, très instructive et riche en rencontres. Plus petit que celui de Nantes, le festival d’Epinal est aussi plus chaleureux. Même si le public n’était pas vraiment au rendez-vous – mais dans ce trou perdu à quatre heure de train de Paris, c’est compréhensible – c’était intéressant de rencontrer quelques sommités du milieu et de pouvoirs mettre des images sur les noms. Je ne suis par contre pas convaincu par la formule « éclatée » avec le cinéma et la bibliothèque à l’autre ville, au final, je n’ai vu aucun film (malgré « Soleil Vert » et aussi « Gandahar » de René Laloux qui me tentaient bien) ni assisté à aucune lecture. Mais rien que pour faire signer à Harry Harrison le livre d’or de la SF qui lui est consacré, ça valait le déplacement !