Demain les livres (1/3)

Papier électronique

Difficile aujourd’hui de trouver un seul éditeur prêt à parier sur l’e-book après le naufrage retentissant, en 2002, du Cybook et de la société qui l’avait conçu. Loin d’être le livre du futur tel qu’on pourrait l’imaginer, le premier e-book à la française évoquait plutôt un écran d’ordinateur, large comme une page A4, lourd comme un parpaing et rétro-éclairé à la lampe torche. Quel ingénieur cinglé a pu croire un seul instant que cette enclume bourrée d’électronique pourrait nous faire abandonner nos bons vieux bouquins ? Après quelques années de silence, une nouvelle technologie pourrait bien changer la donne. La révolution s’appelle papier électronique

L’e-book pour demain ?

A l’INFL [1], dont je suis régulièrement les cours, on nous l’a assuré : le livre tel qu’on le connaît a encore de beaux jours devant lui. C’est un objet qui, depuis les volumen de l’antiquité et les codex du Moyen-Âge a atteint sa forme la plus parfaite, donc définitive : petit, pratique, solide, portatif, lisible, recyclable, il respecte toutes sortes de normes facilitant son stockage et son transport. Assis, debout, allongé, vautré sur un canapé, on l’utilise n’importe où sans conséquence : dans le bus, aux WC, sur la plage, dans son lit, dans son bain, en cours – discrètement sur les genoux.

Et puis, quand sera-t-on prêt à remplacer nos belles bibliothèques pleines de bouquins par une liste de fichiers sur un disque dur ? Pour le cinéma ou la musique, le consommateur moyen n’a pas hésité à sauter le pas – la large diffusion de ces produits culturels via les réseaux peer-to-peer, n’étant pas étranger au succès des nouvelles plateformes payantes. Mais les films et les disques font partie de notre vie quotidienne depuis moins d’un siècle, tandis que les livres, manuscrits ou imprimés, peuvent se targuer d’avoir côtoyé l’humanité depuis près d’un millénaire. Et les vieilles habitudes ont la vie dure.

Aux Utopiales [2], le ton était tout autre. Comme chacun sait, les auteurs de SF sont tous de doux dingues qui croient aux extraterrestres, ne jurent que par les supercordes et dont on attend toujours les voitures volantes qu’ils avaient prévues pour l’an 2000. Mais Jean-Claude Dunyach est aussi un érudit, chercheur en mathématiques à l’Aérospatiale : son avis mérite d’être entendu. Pour lui, c’est par le biais de l’école que le livre électronique va perfidement infiltrer nos sociétés. Lorsque les parents ne supporteront plus de voir leurs chères têtes blondes écrasées chaque matin sous des cartables de plusieurs kilos, ils se tourneront vers l’e-book : une infinité d’informations stockées sur une puce minuscule.

D’ailleurs, quel meilleur outil pour l’éducation ? En plus des textes, l’écolier studieux y trouvera de larges illustrations, des atlas interactifs, des enregistrements sonores de discours historiques, des vidéos des évènements qui ont marqué l’histoire en lieu et place des petites vignettes qui parsèment les manuels actuels. Nourrie à l’e-book dès son plus jeune âge, ce sera peut-être, dans quinze ans, une génération entière qui débarquera dans les librairies pour demander la disquette du dernier Goncourt.

Le dernier en date à avoir retourné sa veste et envisagé sérieusement l’avènement du livre électronique, et non des moindres, c’est Livres Hebdo, qui consacre au sujet un article dithyrambique de quatre pages dans son numéro du 20 janvier. Pour le magazine professionnel des métiers du livre, c’est par le biais de l’Asie que le livre électronique va nous submerger. « De même que la Chine ou l’Inde ont basculé dans le téléphone cellulaire avant même d’être équipées en téléphonie fixe sur tout leur territoire, la Chine et l’Inde pourraient très rapidement basculer dans [le livre] électronique. » [3] Et, étant donné les besoins énormes en matière d’éducation, faire chuter le coût de fabrication du livre électronique, facilitant sa diffusion au niveau mondial. Le « péril jaune » de l’édition, en somme.

[1] Institut National de Formation de la Librairie » www.infl.fr

[2] Le Festival International de Science-fiction de Nantes a lieu chaque année en mai. » www.utopiales.com

[3] Daniel Garcia in Livres Hebdo n°629 » www.livreshebdo.com

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