Le syndrome du scaphandrier, de Serge Brussolo

Le syndrome du scaphandrier, couverture Folio SF

Dans un futur qui ne semble pas bien lointain, l’art ne se résume plus qu’à une unique forme qui a supplanté toutes les autres : le rêve. Oubliés les peintres, les compositeurs, les sculpteurs, les photographes ; les musées de demain seront plein de rêves, ou ectoplasmes oniriques, ces petits objets mystérieux et organiques, dont on ne sait même pas s’ils sont vivants ou conscients, mais qui apaisent tout ceux qui se trouvent aux alentours. Mais rares sont les scaphandriers qui, comme David Sarella, ont le Don de plonger dans leurs propres rêves et d’y rester plusieurs jours d’affilés, d’y retrouver leur intérieur perpétuel et lucide, leurs amis plus vrais que nature, et d’en ramener les fameux ectoplasmes. Mais chaque plongée est une expérience éprouvante qui tue à petit feu l’artiste. A moins que ce ne soit la remontée, le retour au monde réel. Et s’il était possible de rester à tout jamais en bas ?

En lisant le syndrome du scaphandrier, on pense évidemment à Philip K. Dick, mais surtout celle de Cronenberg, adepte non seulement de l’aller-retour entre irréel et réalité, mais aussi des délires organico-artistiques comme ceux qu’a imaginé Brussolo ici. Mais l’auteur ne tombe pas dans la facilité d’une aventure mêlant mon réel et monde imaginaire à la manière d’un Ubik. Ici, toutes les limites sont nettement définies, et ne sont franchies que lorsque le héros décide de plonger dans son mon onirique intérieur. L’intérêt n’est pas tant de perdre le lecteur que de décrire un héros qui lui, erre dans notre monde comme si c’était un rêve avec la seule impatience de la prochaine plongée, et se réveille dans ses rêves comme s’il s’agissait de la réalité.

Le syndrome du scaphandrier, couverture Présence du futur

N’avez-vous jamais rêvé de pouvoir, non seulement prendre le contrôle de vos rêves, mais aussi d’être capable d’y rester ? Paradoxalement, Brussolo passe plus de temps à faire errer son héros dans le monde réel, du musée des rêves à l’hospice où les vieux chasseurs finissent leur vie, plutôt que dans ses rêves. Car c’est là que se trouve tout l’intérêt de l’oeuvre : dans la description esquissée de ce monde presque post-apocalyptique absurde et incompréhensible pour nous. Où des gens vouent un culte bizarre à des oeuvres d’art qui vivent et meurent comme des êtres vivants, sans savoir vraiment d’où ils viennent, ni même comment s’en débarasser.

Le syndrome du scaphandrier pose plus de questions qu’il n’apporte, en peignant ce décor noir et ambigu. Toute l’histoire est racontée en filigrane, en ombre chinoises. Le portrait de cette humanité dégénérée, adeptes d’un art unique et absurde comme d’une religion pour les uns et drogués aux rêves, solitaires au point de ne même plus pouvoir communiquer avec leurs confrères, pour les autres, fait froid dans le dos. Brussolo laisse deviner qu’un triste sort attends les habitants de ce monde, sans donner toutefois de véritable indice sur la forme que cela prendra. Et ce n’est sûrement pas le héros romantique et je-m’en-foutistequi s’en inquietera. Au lecteur de décider. S’il se réveille de ce cauchemar…

Une réflexion au sujet de « Le syndrome du scaphandrier, de Serge Brussolo »

  1. ‘les musees de demain seront plein de reves’, j’ai du mal à coprendre, j’avoue :) en tot cas merci pour ce billet intéressant ! c’es toujours sympathique de passer suur ce blog :)

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